Quand elle ouvrit les yeux, elle ne reconnut pas la pièce dans laquelle elle se trouvait. Tout y était étrangement blanc. Les murs, le sol, les deux portes, les deux petites commodes disposées dans les coins, les chaises et le lit. Les draps étaient, eux aussi, blancs. Une grande baie vitrée ouvrait la pièce sur l'extérieur, mais, allongée dans son lit, elle ne pouvait pas voir le paysage. En baissant les yeux sur son corps, elle comprit qu'elle n'était pas chez elle. Le pyjama dont elle était affublée ressemblait un peu trop à ceux dont on affuble les patients des hôpitaux.
L'hôpital ?
Oui, c'était possible. C'est là qu'elle devait se trouver.
Pourtant, aucune panique ne la gagna. Comment était-elle arrivée dans cette chambre ? Aucune réponse ne lui vint. Mais là encore, il n'y avait pas la moindre trace d'inquiétude dans son esprit.
Sans réfléchir, elle souleva le draps léger qui la couvrait et souleva sa tenue. Aucune cicatrice ne barrait son corps, et ses membres n'étaient pas douloureux. Elle fit travailler chacune de ses articulations, afin de trouver un signe qui pourrait expliquer sa présence ici. Mais rien. Aucune douleur, aucune marque. La jeune fille remarqua également qu'aucun appareil médical n'était relié à elle.
Étrangement, elle n'éprouvait aucune sensation. Rien ne lui faisait peur, ou ne l'inquiétait. Se sentant prête à se lever, elle bascula sur ses pieds et se redressa. Elle marcha jusqu'à la fenêtre et regarda dehors. Immédiatement, elle sut qu'elle se trouvait en hauteur. Un parking avait été construit plusieurs mètres plus bas, où quelques voitures étaient garées. Le paysage n'avait cependant rien à offrir de saisissant. Il était typique d'une petite ville de campagne. Plusieurs dizaines de maisons se dressaient de part et d'autre d'une route goudronnée. Le long des trottoirs, des arbres récemment plantés s'élevaient mollement vers le ciel. Rien de plus.
Alors qu'elle allait faire demi-tour, elle aperçut quelqu'un dans le vitrage. Elle se retourna lentement, ni soulagée ni troublée par cette présence, mais personne ne se tenait debout derrière elle. Elle regarda à nouveau la fenêtre et rencontra encore le visage qui l'observait. Cette fois-ci, elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Le visage qui la regardait fit immédiatement la même chose.
Cette fois-ci réellement intriguée, elle traversa sa chambre et ouvrit la porte qu'elle devinait être celle de la salle de bain. Les chambres d'hôpital étaient globalement toutes construites selon le même modèle. La fille avait raison. Quand elle alluma la lumière, elle découvrit un petit lavabo, une douche, et un toilette. Ce qu'elle cherchait était fixé au mur, au dessus du lavabo. Elle s'approcha lentement du miroir et se planta devant.
Ce qui la troublait était ce visage. Elle ne le reconnaissait pas. Elle ne l'avait même jamais vu. Cette bouche qui s'animait en même temps qu'elle même ouvrait et fermait la sienne ne lui appartenait pas. Ce nez, fin et légèrement recourbé, elle n'avait jamais rien senti avec. Ces yeux, tellement noirs qu'on ne distinguait pas la pupille de l'iris, ne lui avaient jamais servi à voir.
Et pourtant, malgré tout, elle ne pouvait nier que ce visage, était désormais le sien.
C'était pour cela qu'elle était ici ?
Parce qu'elle avait oublié ? Oublié tout d'elle-même ?
Son esprit était étrangement vide et elle peinait à formuler des pensées cohérentes. Elle se sentait comme une enfant, qui doit lutter pour exprimer clairement ses idées. Seulement là, il ne s'agissait même pas de parler à voix haute, mais simplement de penser. Elle ne pouvait pas essayer de se rappeler, car elle n'avait rien sur quoi s'appuyer pour réfléchir. Son nom ? Quel était son nom ?
Elle se répéta cette phrase plusieurs fois à voix haute. Aucune réponse ne lui vint. Réfléchissant à nouveau à la manière dont s'agençaient les chambres d'hôpital, elle ressortit de la salle de bain et retourna vers son lit. Elle prit le dossier accroché aux barreaux du bout du lit et le parcourut des yeux. Elle peinait à lire, comme s'il fallait qu'elle reprenne cette habitude.
Depuis combien de temps était-elle ici ?
Quel était son nom ?
Après plusieurs minutes de concentration intense, elle réussit à déchiffrer un mot : Céleste.
Céleste. Elle répéta le mot plusieurs fois, cherchant à savoir si cela éveillait des choses en elle. Mais rien ne se produisit. Finalement, elle accepta ce prénom comme elle l'aurait fait avec un autre et se rassit sur le lit. Devait-elle sortir de la pièce et chercher quelqu'un ? Savaient-ils déjà qu'elle était réveillée ? Y avait-il seulement une personne dans cet endroit ? Elle y songeait seulement maintenant mais tout était étrangement silencieux, comme si l'endroit était désert.
Finalement, elle se faufila de nouveau sous les draps, et posa sa tête sur l'oreiller.
Où était-elle ?
Quel jour étions-nous ?
Qui était-elle ?
Ces questions revenaient sans arrêt dans son esprit, mais elle ne paniquait pas. Elle était tout à fait calme.
Devant ses yeux, les murs blancs de la chambre commencèrent à trembler. Avant qu'elle ne sombre dans l'inconscience, elle eut le temps de murmurer :
« Céleste. »
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