Partager l'article ! Vers les étoiles (revu): Le regard perdu vers les étoiles, je retournais sans cesse le problème dans ma tête. J’avais tenté d ...
Le regard perdu vers les étoiles, je retournais sans cesse le problème dans ma tête.
J’avais tenté de m’endormir à plusieurs reprises mais, à chaque fois que je réussissais, je me réveillais quelques minutes plus tard, paniquée.
Quand je dormais, je voyais tout en rouge. Mes rêves étaient anodins, presque banals, mais prenaient tous une teinte pourpre, comme si on avait déposé un voile devant mes yeux. Dès lors, tout ce qui pouvait ses passer dans mes songes prenait un aspect sinistre et effrayant. Je ne supportais plus tout ça. Alors, en sueur, je me réveillais brusquement, et regardais le paysage autour de moi, pour me rassurer. J’imprimais la couleur de chaque chose dans mon esprit, effrayée à l’idée que tout devienne à nouveau rouge sang.
La journée avait été longue. William m’avait laissé une nuit de répit pour me reposer après mon séjour dans le tunnel mais n’avait pu me dissimuler la vérité plus longtemps. Le corps du garde assassiné avait été expédié à l’extérieur.
J’étais allée seule le chercher, et je l’avais enterré. À chaque coup de pelle dans la terre, je mettais toute mon énergie. Cette besogne eut le mérite de ne pas me faire réfléchir. En sueur, j’avais fini par creuser un caveau de taille raisonnable. J’avais réussi tant bien que mal à pousser le corps dedans et avait rebouché le trou sans un regard pour ce qui s’y trouvait.
Ce travail était douloureux, autant physiquement que moralement, mais il avait été nécessaire. Même si je n’avais rien fait de plus dans la journée, j’étais allée me coucher épuisée. Et les mauvais rêves avaient commencé.
En désespoir de cause, j’avais décidé de me promener dehors et de réfléchir aux failles du plan de William. Lui, dormait profondément dans sa cabane. En passant devant, j’avais entendu sa respiration lente et calme, et j’avais envié son sommeil profond et paisible. Il fallait que je pense à lui demander comment il arrivait à dormir si facilement avec tout ce qu’il avait pu vivre.
Pieds nus, je m’étais dirigée inconsciemment vers la mer. Le ciel était dégagé, ce qui conférait une certaine magie au paysage. La lune se reflétait sur la surface miroitante de l’eau. C’était un magnifique spectacle. Je m’étais alors promenée le long de la plage, laissant les petites vagues mouiller mes pieds.
Au bout de quelques mètres, je m’étais éloignée du bord de l’eau et m’étais assise sur le sable frais, face à la mer, la tête en l’air.
Le regard perdu vers les étoiles, je retournais sans cesse le problème dans ma tête.
Comment faire ? Comment vider le centre de Revival au moment où la plaque allait tomber, sachant qu’elle pouvait s’effondrer à chaque minute ?
Aucune solution ne m’apparaissait.
Enervée, j’attrapai une poignée de sable et la jetai devant moi. C’était un problème insoluble. Comme les choses avaient pu changer depuis ma sortie dehors ! J’arrivais à peine à me rappeler de mon existence passée. Tout paraissait lointain.
Le seul repère que j’avais était ma mère, et on me l’avait enlevée. Je sentis mon estomac se contracter, comme à chaque fois que je pensais à elle. Mon altercation avec le garde dans la base me revenait sans cesse en tête. Je repensais aux mots qu’il avait prononcés. C’était une déchirure à chaque fois. Ma mère, avait-elle été torturée ?
J’osais à peine y penser, tant une douleur fulgurante menaçait d’exploser en moi. Pourtant, je ne voyais pas d’autres alternatives.
Je me sentais coupable, coupable de ne pas lui avoir parlé. Bien sûr, ça aurait été une menace pour le secret que je partageais avec William, mais au fond de moi, je savais que j’aurais préféré qu’elle ressorte saine et sauve du château en ayant tout raconté plutôt que de s’être faite torturer pour des informations qu’elle n’avait pas. Car qu’avait-elle pu leur dire, puisqu’elle n’était au courant de rien ?
Je me haïssais de l’avoir mise dans une telle situation.
Je laissai quelques larmes s’échapper du coin de mes yeux, mais me repris rapidement.
Je ne pouvais plus me laisser aller. Tant de choses avaient changé dans ma vie, que j’avais l’impression que si je commençais à pleurer, je ne pourrais jamais plus m’arrêter. Mes sentiments et émotions prendraient le dessus et m’empêcheraient d’avancer. Alors, je m’interdisais de penser à moi. Je refusais de m’interroger réellement. Je refusais de me poser la question « comment ça va ? », sachant pertinemment qu’elle serait l’élément déclencheur d’une énorme vague de chagrin, dans laquelle je me noierai.
Le regard perdu vers les étoiles, je m’abandonnais dans leur contemplation.
Tout semblait si paisible pour elles. Accrochées à la voie lactée, elles veillaient sur la terre, immuables. Je soupirais, désirant à cet instant précis m’accrocher au tissu noir et épais de la nuit, et grimper vers elles. Je souhaitais m’installer tout là haut et observer le petit manège des êtres humains. Je voulais voir ces petites fourmis s’agiter futilement pour combler le vide de leurs existences. Je voulais que tout cela ne me touche pas. Je ne voulais pas les connaitre, les comprendre.
Et pourtant, j’étais toujours là, les pieds dans le sable, désespérément lourde sur terre.
De nouveau excédée, je lançai une nouvelle motte de sable sur la première. Même dans ce moment calme, au milieu d’un paysage merveilleux, je n’arrivais pas à me détendre et à ne penser à rien.
En baissant le regard sur mon corps, je soupirais à nouveau.
Depuis que j’avais quitté la base, j’avais dû perdre plusieurs kilos, moi qui n’étais déjà pas bien épaisse. Je n’aimais pas voir mes hanches saillantes. Je n’aimais pas passer ma main le long de mon corps et distinguer sans mal mes cotes. Cela m’exaspérait au plus haut point, j’aurais tant aimé avoir quelques rondeurs à afficher, avoir une peau un peu moins tendue. Comme si ça ne suffisait pas, j’avais un nombre incalculable de bleus, un peu partout. Chacun avait sa petite nuance particulière, allant du bleu au vert, en passant par le marron. Et une cicatrice étaient née en haut de mon front, là où je m’étais assommée en fuyant les gardes. Je pouvais la sentir quand je passais ma main sur mon visage. Depuis ma sortie, je n’avais pu voir mon reflet que dans les flaques d’eau, ou la mer. Il n’y avait pas de miroir ici. Je ne pouvais pas dire que ça me manquait, bien au contraire, mais je devais admettre que j’aurais bien aimé voir à quoi je ressemblais aujourd’hui. Je n’étais même pas sûre de bien me reconnaitre.
Oui, c’était un fait, j’avais changé. Mais mes transformations physiques n’étaient rien en comparaison de ce qui s’était opéré en moi.
Ce constat fait, je me vidai enfin l’esprit. Désormais, quoi qu’il puisse arriver, je ne pourrais plus jamais retourner en arrière. Alors autant profiter un peu de cette belle nuit.
Inconsciente de tout ce qui allait se passer, je décidai que pour ce soir, le futur serait simplement : la prochaine minute. Ravie de cette idée, je fermai les yeux et laissai un grand sourire apparaitre sur mon visage. Pourquoi ? Je n’en avais aucune idée. Peut être simplement pour ressentir à nouveau la commissure de mes lèvres se relever, les muscles de ma bouche se contracter.
Je m’allongeai sur le sable et frissonnai légèrement. L’air se rafraichissait. Mes paupières devinrent lourdes et mes yeux commencèrent à me piquer.
En soupirant, je les fermai et laissai mon corps se détendre. Peu à peu, je sombrai dans le sommeil.
- AAAAH !
Mon hurlement se perdit dans la nuit.
Combien de temps avais-je dormi ? Dix minutes ? Je respirai avec difficulté et mes vêtements étaient trempés de sueur. Les dernières images de mon rêve semblaient imprimées dans mon esprit. Paniquée, je relevai la tête et eus un petit sursaut en apercevant William, accroupi devant moi.
- Olive, qu’est-ce qui se passe ? Murmura-t-il. Je t’ai entendue sortir de ta cabane et comme tu ne revenais pas, je suis venu te chercher. Et je te trouve là, à t’agiter comme un diable dans ton sommeil, et tu te réveilles en hurlant.
- Tout, tout est rouge, balbutiais-je en sentant une boule obstruer ma gorge.
William ne répondit rien, devinant sans doute ce que je voulais dire. Exténuée (depuis combien de temps n’avais-je pas dormi ?), désespérée, je sentis les sanglots grimper dans ma gorge, et ma vision devint trouble. Mais dès qu’une larme se mit à rouler le long de ma joue, je respirai profondément et empêchai mes émotions de prendre le dessus. Je me l’étais promis.
En posant sa main sur mon épaule, il me chuchota :
- ça va aller. Ça va aller.
De toutes mes forces, je voulais y croire.
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