Partager l'article ! Que si assez de gens croient à un mensonge, alors ça n'en est plus un (revu): Un brasier. Un immense brasier s’en prenait au centre de Reviva ...
Un brasier. Un immense brasier s’en prenait au centre de Revival. À en juger par l’étendue du feu, je pouvais deviner qu’il était allumé depuis un long moment déjà. Je n’avais pas songé une minute que William réussirait à prévenir un à un les habitants du centre en si peu de temps mais il n’avait jamais eu cette intention. Son idée était beaucoup plus simple : il avait mis le feu aux bâtiments, et fait sortir en toute hâte toute la foule de ceux-ci. J’apercevais d’ici de petits points noirs s’agiter en bas, fuyant vers les abords de la base. L’idée de William était géniale.
Mais quelque chose me gênait dans tout cela. Je n’arrivais pas à comprendre ce qui clochait, pourtant, c’était bien là. Quelque chose n’allait pas. J’observais les flammes interminables lécher les parois des bâtiments et les étincelles virevolter dans le ciel de la base. Le spectacle était impressionnant vu d’ici. Je regardais la fumée s’élever en nuages denses vers moi. Soudain je compris.
La fumée, les flammes. Si je ne faisais pas rapidement tomber la plaque, nous allions tous mourir étouffés, ou, et je ne savais si c‘était mieux ou pire, bruler vifs. Il n’y avait pas d’air ici. Pas assez d’eau non plus pour éteindre ce feu. L’idée de William avait été idéale pour faire bouger le maximum de monde mais il n’avait pas dû penser à cet aspect du plan. Ou alors, il avait placé tout son espoir dans la réussite de ma mission.
Abasourdie, je n’arrivais pas à bouger. Pourtant il le fallait. Je devais au plus vite grimper le long de l’échelle et dévisser les derniers boulons qui retenaient le projecteur de Revival. Déjà, l’air se réchauffait autour de moi. Le feu allait rapidement s’étendre aux alentours de la cité et tous les habitants seraient pris au piège. Et les rares connaissances que j’avais pu acquérir à l’école en physique-chimie était que lors d’un incendie d’un espace clôt, il fallait se baisser pour respirer encore convenablement. J’ignorais si William y avait pensé, mais la première qui allait étouffer ici, c’était moi.
Cette idée me fit réagir. Je fonçai sur les marches et franchis rapidement le passage périlleux au dessus du vide. Je ne m’attardai pas et me rendis directement en dessous de la plaque. Sans plus réfléchir je me mis à dévisser aussi vite que je le pus les vis qui retenaient le projecteur. Je travaillais sans m’arrêter, les yeux fixés sur la plaque, attentive au moindre mouvement. Depuis mon dernier passage, elle semblait s’être encore légèrement enfoncée, mais je n’en étais pas certaine.
Je ne prenais même pas la peine de ranger les vis dans mes poches et les laissais tomber dans le vide. Après tout, désormais, il n’y avait plus d’alternative. Ou le plan marchait, ou nous mourrions tous.
Au bout d’une centaine de vis, la plaque n’avait toujours pas bougé. La panique me gagna, d’autant plus que les barreaux de l’échelle qui me retenait s’étaient ostensiblement réchauffés et que le feu devenait de plus en plus imposant en dessous de moi. Je sentis la sueur perler sur mon front, et je ne sus si elle était due à ma fébrilité ou à la chaleur environnante. Je ne savais pas non plus si je respirais plus difficilement à cause de la panique, ou parce que l’air se raréfiait.
Je me mis à dévisser avec hargne les vis, priant à voix haute pour que quelque chose se produise. Je travaillais depuis un moment déjà, et je sentais sous mes genoux les barreaux de l’échelle devenir brulants. Je commençais à suffoquer, l’air étant chargé de cendres. Désormais je ne distinguais sous moi qu’une immense masse grise, un voile de fumée impénétrable au travers duquel je distinguais avec peine quelques nuance orangées. Toussant, je continuais mon travail sans relâche, mais avec moins d’application désormais. Je ne tenais pas en place, tant la chaleur sous mes jambes devenait insupportable, et mes yeux me piquaient, rendant mon travail encore plus difficile. À cours d’oxygène, je me rendis avec difficulté là où la plaque était enfoncé et approchai mon visage de l’ouverture sur l’extérieur. Je respirai à plein poumons, et sentis même goutte tomber dans ma bouche grande ouverte. Il devait pleuvoir.
Respirant une dernière fois, je retournai en arrière continuer mon travail. Se déplacer sur l’échelle brulante était devenu un calvaire. Quand j’arrivai au bord de la plaque, je pris alors conscience que je ne pouvais pas y arriver. J’avais surestimé l’ampleur du mouvement qui avait animé la plaque la veille. Ça n’avait été qu’un infime affaissement, et il fallait encore des jours et des jours de travail pour parvenir à la chute du projecteur. Impuissante, je continuai malgré tout de déboulonner le métal, mais je sentais ma volonté faiblir à chaque minute.
Quand je posais mes mains sur l’échelle pour reprendre mon souffle, des brulures atroces me déchiraient les paumes. Je sentis des cloques se former, mais cette douleur était bien pale en comparaison de la panique qui me submergeait. Finalement, à bout de souffle, j’entrepris d’ôter encore quelques vis. Je ne pouvais pas rester plus longtemps ici, je ne pouvais plus respirer. Je pensais qu’en rebroussant chemin maintenant, je pourrais peut être sortir du château et aider le maximum de gens à se diriger vers les tunnels de sortie. Tous ne pourraient pas y passer, mais on pouvait tout de même sauver quelques personnes. Oui, c’était la meilleure chose à faire.
Alors que je formulais cette pensée, un grincement assourdissant me fit lever les yeux. La plaque. Elle s’inclinait désormais profondément, et continuait de s’enfoncer. Son mouvement ne s’arrêta pas comme la fois précédente.
Cette fois-ci, j’eus le réflexe de bouger. Malgré la douleur, je m’accrochai de toutes forces à l’échelle et me dépêchai de rejoindre l’escalier. Le projecteur fit sauter les dernières vis le retenant et chuta. Je me jetai en avant sur les escaliers, tandis que l’extrémité de la plaque blessait ma cuisse de haut en bas.
Le projecteur embarqua avec lui l’échelle sur laquelle je me trouvais quelques secondes plus tôt. À genoux sur l’escalier je regardai avec un mélange d’effroi et de soulagement l’immense morceau de métal tomber à pleine vitesse vers le sol. Il disparut soudain dans le voile de fumée noire et je restai en halène, haletante.
Une ?
Deux ?
Ces quelques secondes me parurent interminables. Pourtant, finalement, un énorme bruit se fit entendre. Les murs autour de moi se mirent à trembler intensément, et je perdis l’équilibre. Allongée sur une marche, j’attendis que les secousses se calment, effrayée à l’idée que tout s’effondre.
Je sentais mon corps agité de tremblements affolés, et je n’étais même pas capable de déterminer leur origine. Avais-je peur ? Était-ce les murs qui me secouaient sans ménagement ? Sans doute un peu des deux.
Je sentis un liquide chaud glisser le long de ma jambe, et pendant une minute, un futile sentiment d’humiliation sembla vouloir monter en moi. Levant la tête, je compris vite que je ne m’étais pas fait dessus, mais que le liquide qui dévalait en cascade le long de ma cuisse était du sang. J’observai ma blessure, qui s’étalonnait sur une vingtaine de centimètres sur ma peau, et constatai qu’il ne s’agissait que d’une plaie superficielle. Ça ne serait sans doute pas difficile à soigner.
Mes mains, elles, étaient recouvertes de cloques. Je les levai devant mes yeux, désespérée de n’avoir aucun moyen de les soulager.
Une petite perle transparente apparu dans ma paume gauche et je crus d’abord que ce liquide provenait de mes brulures. Pourtant, j’en sentis une autre couler le long de ma joue. Étais-je en train de pleurer ?
Je compris en levant la tête que je me trompais lourdement. Au dessus de moi s’étalait le ciel, le vrai ciel, sombre. Je pouvais y distinguer la forme de lourds nuages amoncelés. Je sentis les gouttes d’eau tomber de plus en plus intensément sur moi et levai les paumes en l’air pour soulager mes blessures. L’eau me calma un peu. Il pleuvait. Progressivement, je pus respirer avec moins de difficulté. L’air était frais, chargé d’oxygène. Je me concentrai et me relevai avec peine.
Je devais désormais sortir du château. La pluie éteindrait bientôt le feu, et les habitants devaient tous être abasourdis en ce moment.
En boitant, je descendis doucement les escaliers, et pénétrai dans la salle de contrôle du projecteur. Seulement, je n’y étais pas seule. L’homme chargé de son contrôle était debout, devant le levier, les yeux dans le vague. Il ressemblait à une statut, complètement immobile. Il tenait entre ses mains posées le long de son corps une petite paire de lunettes. J’entrepris de me déplacer le long du mur de la grande pièce circulaire dos au mur, pour ne pas le quitter des yeux. Quand il m’entendit, je me figeai, et l’observai lever ses yeux sur moi.
Il ne parla pas, se contentant de me détailler de bas en haut, en s’attardant sur ma jambe ensanglantée. Je devais avoir fière allure. Mon cœur semblait vouloir faire exploser ma cage thoracique mais je me sentais incapable de bouger. Finalement, il ouvrit la bouche et déclara calmement :
- C’est vous qui avez fait ça ?
Je déglutis et acquiesçai silencieusement. Alors que j’échafaudai déjà dans ma tête la meilleure stratégie pour sortir sans affrontement, le responsable de la lumière de Revival n’eut pas la moindre réaction. Il se contenta de froncer légèrement les sourcils et me demanda :
- Alors, dehors…
Voyant qu’il cherchait ses mots, et devinant ce qu’il voulait me demander, je décidai de l’aider :
- Oui.
Il secoua la tête, et s’approcha de moi. Je me raidis et me tassai encore un peu contre le mur, prête à bondir s’il voulait m’agresser. Pourtant, une fois à quelques centimètres de moi, il se contenta de tendre la main vers moi :
- Je suppose que je dois vous dire merci.
Bouche bée, je regardai sa main tendue vers moi. Son visage ne trahissait aucune animosité, et son attitude aucune forme de menace. Était-il réellement en train de me remercier ? Je levai la main, méfiante. Il la prit dans la sienne, et ne bougea plus. Je sentis la douleur de ma paume brulée se réveiller et je grimaçai. Il s’empressa de retirer sa main de la mienne, et s’excusa poliment. Essayant de sourire maladroitement, je m’écartai de lui et décidai de continuer mon chemin, collée au mur.
- Vous n’avez pas à avoir peur de moi, c’est la plus belle chose qui pouvait arriver à cet endroit, annonça-t-il en souriant, voyant que je ne le quittais pas des yeux.
Toujours tendue, je cherchai dans mon dos la poignée de la porte et la tournai. Toujours à reculons, je me faufilai derrière la porte et me retrouvai dans les escaliers.
Soulagée, je soupirai, comme si la porte qui se dressait entre cet homme et moi était un rempart suffisant pour me protéger. Pourtant, le danger qui me guettait ici était bien plus grand. En me retournant, j’étouffai un cri alors qu’une paire de bras musclés ceinturait mes épaules.
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