Partager l'article ! One of these morning (revu): Depuis combien de temps étions nous sortis ? Je n’arrivais pas à me souvenir. Les gen ...
Depuis combien de temps étions nous sortis ?
Je n’arrivais pas à me souvenir. Les gens s’étaient si vite adaptés au monde extérieur, ils avaient retrouvé immédiatement leurs anciennes habitudes. En les regardant s’agiter comme si de rien n’était, on avait l’impression qu’ils vivaient ainsi depuis toujours. C’était presque effrayant. Nous étions tous revenus dans la ville morte. Chacun avait trouvé une maison à sa convenance. Quelques conflits avaient éclaté, mais ils n’avaient jamais duré bien longtemps. Tous voulaient avoir un endroit où vivre, et ils n’avaient pas voulu perdre du temps en disputes inutiles. Personne n’avait voulu rester vivre dans des cabanes construites en toute hâte. Ça n’était pas assez solide, pas assez grand, confortable… Tous les prétextes étaient bons pour retourner à la ville morte. Personne ne comprenait que cette ville était plus qu’un abris. Elle était un symbole. Le symbole d’une humanité détruite, qui avait échoué. Ils ne voyaient que du confort, des maisons qui les protègeraient d’hypothétiques dangers. Et quels dangers ? Le seul danger, c’est nous qui l’incarnions.
Finalement, tout le monde était parti. Combien de temps avait duré notre « camping » sauvage ? Combien de temps ces gens s’étaient-ils conformés à ce qui assurait leur salut ?
Un mois. Peut-être deux.
Depuis, le campement était désert, vide. Même la base semblait être inhabitée depuis des années. Revival s’étaient vidée et personne n’avait voulu y remettre les pieds, même pour finir de la démanteler. Ne voyaient-ils pas comme elle était laide, au milieu de cette nature sauvage ? Pour certains, ce n’était qu’une page de leur vie, un morceau de leur existence. Ils ne comprenaient pas à quel point ils avaient été manipulés. Ils ne nous avaient même pas cru quand William et moi avions tenté de leur expliqué ce que nous avions du faire pour les libérer. Ils voyaient les trois vieillards comme au premier jour de leur emménagement : des héros. Et les héros ne sont pas des criminels. Je ne savais même pas ce qu‘ils étaient devenus. Peut-être étaient-ils encore enfermés dans le château, à se nourrir de leurs provisions amassées depuis des années. Peut-être avaient-ils profité de la nuit pour s’enfuir et se réfugier quelque part dehors. Je n’en avais aucune idée. Mais leur sort de m’intéressait pas. Les gardes, de la même manière avaient disparu. J’en avais reconnu certains dans la foule, mais la plupart manquaient à l’appel. Encore une fois, leur sort ne m’intéressait pas.
J’étais déçue. Déçue de l’attitude de tous ces gens. À peine ressortis, ils envisageaient déjà de reproduire les même erreurs que par le passé. Délimiter des propriétés privées, produire de l’électricité, chasser toutes les bêtes vivant aux alentours…A voir leur petite société se reformer, à les observer s’enfermer dans de vieilles maisons délabrées, isolés les uns des autres, je me demandais vraiment si tout cela en avait valu la peine.
À quoi avait servi notre geste ? Pourquoi s’être battus pour la liberté de tous ces gens, quand on voyait ce qu’ils en faisait ?
Parfois, je regrettais presque d’avoir détruit la base. Au moins, avant, ils ne polluaient que l’intérieur. Ils avaient peut-être mérité cette cage finalement. Mais je chassais toujours ces pensées malsaines, en me rappelant les atrocités que nous avions supprimé. Plus de sacrifices, plus de morts inutiles. La liberté, pour tous.
Mais déjà ils s’organisaient en communautés, se disputaient sur des choses futiles. Qui pour les diriger ? Qui pour résoudre les litiges ?
Pourquoi fallait-il absolument que certains s’occupent de maintenir l’ordre ? Les hommes n’étaient-ils pas assez intelligents pour éviter de se quereller ? Ou bien cela faisait-il partie de leur nature ?
Je me posais ces questions en boucle tout au long de la journée, allongée par terre, à coté de mon lit. Je n’avais pas dormi dedans depuis que ma mère avait décidé de nous installer toutes les deux dans une vieille maison de pierre, mal isolée. Les murs étaient recouverts d’une tapisserie hideuse et le sol craquait à chaque pas. La première nuit, je m’étais installée sur le lit pendant une heure, tout au plus. Au bout de ce lapse de temps, le malaise était devenu si grand en moi que j’étais sortie en sueur du lit et m’étais allongée par terre. Je ne savais plus dormir dans un lit. Et je n’en avais pas non plus envie. Comme je regrettais ma hutte. Comme je regrettais cette proximité avec la terre. Comme j’étais heureuse, sans toutes ces possessions matérielles.
Comme je regrettais William.
Lui non plus ne s’était jamais vraiment adapté. Il avait eu beau tenter de convaincre et persuader les habitants des erreurs qu’ils s’apprêtaient à commettre, ils n’avaient rien voulu entendre. Alors, finalement, il était parti. Il ne s’était de toutes façon pas retrouvé dans cette nouvelle société. Il n’avait plus de famille, plus d’ami à part moi, et désormais plus de repères. Quand les gens s’étaient déplacés vers la ville morte, il était resté dans sa cabane. Je l’y avait souvent retrouvé.
J’avais peut-être encore ma mère, et quelques connaissances, mais j’étais tout aussi seule que lui. Nous parlions de tout et de rien, regrettant presque les jours où nous avions un but, une chose en laquelle croire. Il m’avait appris à nager, et m’avait expliqué des tas de choses sur les fleurs, les animaux et les arbres. Ces même arbres qu’aujourd’hui nous déracinions pour avoir du bois, toujours plus. Il avait été mon professeur, meilleur que tous ceux qui avaient pu croiser mon chemin.
Il était venu me voir un matin, avec un sac sur ses épaules, et j’avais tout de suite compris qu’il allait partir. Je n’avais pas tenté de le dissuader, après tout, je n’avais aucun argument à objecter. Moi-même, je n’étais pas certaine d’avoir ma place ici. Nous nous étions maladroitement enlacés, et il était parti. Il m’avait dit qu’il allait chercher d’autres gens, voir s’il y avait eu d’autres survivants, voir si tout le territoire était sain. Malgré tout, je savais qu’il voulait simplement partir d’ici.
Je n’avais pas pleuré, je n’avais pas été triste. Je savais que nous nous reverrions. Ce n’était qu’une question de temps, mais moi aussi, un matin, je prendrais mon sac et je partirais. Je ne trouvais pas ma place ici.
Alors je retrouverais William et nous chercherions tous les deux d’autres gens. Il devait forcément y en avoir. Le territoire ne pouvait pas être sain partout, c’était impossible. Alors nous verrions bien. Peut-être mourrions nous ainsi. Mais qu’importe, ça serait toujours mieux que ce que nous vivions là.
Après tout, je savais nager, que pouvait-il bien m’arriver désormais ?
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Revival (terminée)
Premier chapître : Le réveil (revu)
Dernier chapître : One of these morning
Avant la nuit (terminée)
Premier chapître : 1
Dernier chapître : 24
Cells (en cours)
Textes libres
Félicitations !
En effet, peut être les gens auraient-ils mérité de finir dans leur cage de fer...
Mais on ne peut pas interdire aux gens d'être con. ^^
Au fait, as-tu réussi à régler ton souci de chapitre à intercaler?
A bientôt si tu as d'autres projets.
On garde le contact, j'aime beaucoup ce que tu fais (je ne dis pas ça souvent... ^^).
Peut être aurons-nous l'occasion de bosser sur un projet commun un de ces quatre (ça me ferait bien plaisir, même si je n'ai pas vraiment le temps en ce moment, à vrai dire...)
A bientôt, donc, et bonne continuation à toi.
Franchement, ces hommes !! Comme Olive le dit, peut-être méritaient-ils la cage...
questions philosophiques en conclu... serais tu blazée par la société au point de préconiser un retours à la vie sauvage?^^
quelques brasses dans l'océan et un sac à dos et la vie est belle!^^
encore bravo et au plaisir de lire d'autres oeuvres signées de ta plume!
Merci merci de ton passage et d'avoir laissé ton avis, ça me fait très plaisir !
J'espère par contre ne pas être déjà blazée sinon je vais trouver le temps long ^^
A bientot !