Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 15:39

J’ai du mal à me réveiller. Pourtant, mon corps me rappelle à chaque instant. Je sens la douleur devenir plus intense au fur et à mesure que je redeviens consciente. Pourtant, j’aurais aimé rester un peu plus en bas. Mais non. Le syndrome du scaphandrier, pourrait-on dire. J’aurais voulu descendre, plus profondément encore, et ne pas remonter tout de suite. Rester un peu, le temps de me poser. Mais non.

Quelque part, je suis un peu rassurée de souffrir autant. Avec toutes ces blessures, il aurait été plus qu’inquiétant de ne rien sentir.

Je commence à avoir froid, je sens que je suis trempée. Quelqu’un m’a arraché un morceau de mon pantalon pour faire un garrot en haut de ma cuisse. Je sens le tissu serré en haut de ma jambe. La douleur qui m’assaille semble provenir de ma tête, et du coup qu’elle à reçu.

- Olive.

Dans un soupir, j’ouvris les yeux. Je crus d’abord que nous étions retournés dehors, car au dessus de moi il n’y avait plus de dôme protecteur. Plus de métal. Plus de lumière aveuglante. Rien que le ciel, dans son immensité. Quand je regardai un peu autour de moi, je compris que nous étions toujours dans la base. Il y avait un gigantesque trou circulaire en haut de Revival. Les grandes plaques de métal qui s’élevaient du sol n’étaient pas tombées avec le projecteur, elles continuaient de se hisser vers le ciel, inutiles.

C’était tellement étrange. J’étais dans la base, mais j’avais des sensations. Il y avait l’odeur acre de l’incendie, les bourrasques du vent, élevant les cendres par nuées dans l’air. Il y avait des couleurs, vives, nettes, et des parfums. Toutes ces choses qui n’existaient pas dans Revival l’assaillaient à présent, comme s’il fallait rattraper à tout prix le temps perdu. La nature reprenait ses droits. Elle remplissait cette bulle auparavant hermétique de tout ce qui lui avait manqué pendant ces longues années.

Je me redressai à demi, sentant que mon corps refuserait de faire quoi que ce soit d’autre pour le moment. Ma mère se tenait à mes cotés, les yeux ruisselants de larmes. Son visage couvert de bleus l’aurait presque rendue méconnaissable, si je ne connaissais pas tant ses traits. Je sentis mon estomac se contracter, et ma voix se brisa quand je murmurai « Excuse-moi ». Ma mère me prit dans ses bras, chuchotant à mon oreille des phrases sans queue ni tête dans le but de me réconforter. J’écoutais à peine ses mots, tant je me sentais coupable. Tout était de ma faute. Je dus formuler ces pensées à voix haute sans m’en rendre compte, car ma mère prit mon visage entre ses mains et détacha soigneusement ses mots :

- Olive, ce n’est pas ta faute. Si tu savais comme je suis fière de toi. Et comme je suis heureuse de ce que tu as fait. J’ai eu tellement peur pour toi ! Ce n’est pas mon visage, que tu dois regarder.

Alors qu’elle prononçait ces derniers mots, elle souleva mon menton et leva mon visage vers le ciel. À nouveau, mon regard se perdit dans ce spectacle. Les nuages qui déversaient des trombes d’eau quelques instants plus tôt continuaient désormais leur lent voyage dans le ciel, sans se soucier de ce qui se passait des centaines de mètres plus bas. Le jour allait bientôt se lever, si on en jugeait à la légère teinte bleutée qu’avaient pris les petits filets de ciel que l’on apercevait entre les nuages.

 

Je pris enfin conscience de ce que nous avions fait. Enfin, tout était terminé. Désormais, nous étions libres. Nous avions sauvé des centaines de vies, nous leur avions rendu la vue. Revival portait décidément bien son nom, nous allions tous revivre.

Tant bien que mal, j’essayai de me relever pour regarder autour de moi. Une main se présenta devant moi. Je levai les yeux vers un visage que je reconnus tout de suite.

- Laissez moi vous aider.

Je m’accrochai au responsable du projecteur, qui me remit sur mes pieds. J’avais un peu mal à ma jambe, mais le sang qui couvrait ma plaie avait coagulé.

- Merci, déclarais-je. Je suis heureuse que vous n’ayez pas été blessé tout à l’heure.

- J’ai la tête dure, répondit-il. Enfin, seulement la tête.

En disant cela, il souleva son pull et je pus apercevoir une masse sombre au dessus de son estomac.

- Deux cotes cassées je crois, ajouta-t-il en grimaçant.

- Désolée. Tout ça est un peu ma faute.

Il éclata de rire, visiblement très amusé.

- Vous n’allez pas vous excuser pour ça, alors que vous venez de nous libérer !

Je ne trouvais rien à redire, ayant un peu de mal à réaliser que tout était enfin terminé. Soudain, il fronça les sourcils et déclara après un instant de réflexion :

- Finalement, il reste tout de même un petit problème.

- Quoi ? Demandais-je étonnée.

- Eh bien, je suis au chômage maintenant !

Il partit dans un nouvel éclat de rire, alors que je le regardais bouche bée. Comment pouvait-il être si détendu ? Comment pouvait-il accepter si bien cette situation ? Il n’avait même pas remit en doute la fiabilité du monde extérieur. Son attitude me désarçonnait, il n’y avait donc que moi qui était complètement perdue ?

Je regardai autour de moi. Le paysage était effrayant. Il y avait de la fumée partout, et quelques petites flammes subsistaient encore ça et là. Un immense morceau de métal s’étendait sur le sol, tordu à certains endroits. J’en voyais à peine le bout. On aurait cru qu’une plaine de fer était apparue au centre de la base. Tout ce qui se trouvait en dessous avait été écrasé, aplati. Je frissonnai à l’idée que certains n’aient pas eu le temps de s’enfuir, mais chassai rapidement cette idée de mon esprit, peut être pour ne pas affronter cette possible réalité. Le temps des détails viendrait bien assez tôt…

Mon regard se fixa sur les gens. Ils étaient là, tous. Certains s’étaient aventurés sur la plaine métallique, les bras ballants, le regard tourné vers le ciel. Ils étaient tous couverts de cendres, et ressemblaient à de petits personnages constitués de fumée. Ils paraissaient amorphes, comme s’ils croyaient être en train de rêver. Ils bougeaient au ralenti, et tous regardaient en l’air, abasourdis. Combien étaient-ils ? Je n’aurais pas su le dire. Mais le spectacle était unique. Nous étions tous réunis dans un endroit dévasté, entouré d’un autre monde, simple, parfait. Ce contraste était saisissant.

On pouvait entendre un bourdonnement sourd, né des murmures des habitants, qui chuchotaient entre eux. Certains s’agitaient nerveusement, en jetant des regards furtifs et effrayés vers le ciel. Comme je les comprenais. J’avais eu la même attitude quand William m’avait emmenée de force hors du tunnel sous la base. Nous venions de leur faire subir le même traitement. On ne leur avait pas demandé leur avis.

Un cri me sortit de ma rêverie. Une femme s’était écroulée sur la plaque. Son corps couvert de cendres tremblotait par terre, en gémissant. Je ne comprenais pas ce qui lui arrivait. De là où je me trouvais, elle ne semblait pas blessée. Je vis alors un autre être de fumée s’avancer vers elle et s’accroupir à ses cotés. Il posa sa main dans son dos et lui parla. Je n’entendais rien, mais il parut réussir à la calmer. Ses soubresauts s’atténuèrent pour finalement disparaitre. Elle se releva doucement et regarda successivement son interlocuteur, puis le ciel. Elle répéta ce mouvements plusieurs fois et après une seconde d’hésitation, se jeta dans les bras de l’homme en face d’elle.

Dès qu’elle le relâcha, elle adopta la même position que tous les autres, les yeux vers les nuages. Son interlocuteur se releva lui aussi, et tourna la tête vers l’endroit où je me trouvais. Il se mit soudain à courir vers nous. La panique me gagna quand je vis qu’il ne ralentissait pas son allure et qu’il fonçait droit sur moi. Incapable de faire le moindre geste, je restais tétanisée alors qu’il se jetait sur moi. Ses bras m’enfermèrent contre lui alors que je suffoquais :

- Arrêtez, qu’est-ce que vous faites ? Peinais-je à articuler.

J’étouffai et essayai tant bien que mal de me détacher de lui. Il m’écarta de lui et sourit largement, en me regardant. Je reconnus ce sourire et demandai timidement :

- William ?

Alors que je croyais cela impossible, son sourire s’agrandit un peu plus et il me reprit dans ses bras, visiblement plus heureux que jamais.

- On a réussi ! On a réussi !

Il répétait cela en boucle, en me broyant entre ses bras.

- Je … ne … peux … pas … respirer.

Il s’écarta de moi et balbutia un vague désolé.

Oui, nous avions réussi. Revival n’existait plus. Désormais, il n’existait plus aucune barrière entre nous et l’extérieur. Je me sentais libérée d’un poids énorme. Je n’avais que faire des trois héros déchus, qui étaient barricadés dans leur château, avec leurs gardes. Que pouvaient-ils contre nous désormais ? Leur sort m’importait peu, le moment de s’occuper d’eux viendrait bien assez tôt. Là, maintenant, je ne pouvais pas penser.

Il n’y avait pas à réfléchir, tout était enfin fini.

 

Alors que ma vue se brouillait, j’eus le réflexe de bloquer mes larmes. Mais, en effectuant cela, je me rendis compte que je n’avais plus de raison de me retenir. Pourquoi m’en empêcher ? J’avais atteins mon objectif, tout était terminé. Je n’avais plus de raisons d’avoir peur. J’en étais certaine, désormais, tout irait bien.

Je laissai alors toutes mes émotions s’exprimer et fondit en larmes. Je pleurais sans m’arrêter, sans même vraiment savoir pourquoi. Je ne me retenais plus, et étais incapable de m’arrêter. Tout mon soulagement se confondit dans ces pleurs silencieux.

Oui, tout était fini.

 

D’une fenêtre du château, légèrement entrouverte, j’aperçus entre deux sanglots l’oiseau de nos trois « héros » prendre son envol et disparaitre dans les volutes de fumée.

 

Par Agevalram - Publié dans : Revival - Communauté : L'écritoire en folie
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Commentaires

Ooohhh !! C'est déjà la fin ??? C'est dommage !!
Commentaire n°1 posté par Mélie le 15/11/2009 à 18h28
Que pourrais-je bien raconter d'autre !!! Ce que je voulais exploiter c'était le monde de la bulle, maintenant qu'il n'existe plus...
Réponse de Agevalram le 15/11/2009 à 21h00
Vraiment extra ! Hâte de voir ce que réserve la suite - et fin si j'ai bien cru comprendre !
Commentaire n°2 posté par Clo# le 16/11/2009 à 19h57
Pour intercaler un chapitre... Tu dois faire copier/coller pour tous les chapitres suivant et les décaler d'un rang...
Ou alors, tu fais des liens manuels comme j'ai fait sur mon blog.
(Insérer lien, et tu sélectionnes l'article que tu veux en lien.)
Bien sympa, dans tous les cas, cette histoire.
Arrêter là te permet toujours de reprendre un Revival 2 qques temps plus tard, avec une nouvelle société en place à l'extérieur, ou en cours de construction.
Merci pour cette histoire en tout cas.
Je passerai voir dans quelques temps le chapitre supplémentaire.
Commentaire n°3 posté par Decristo le 17/11/2009 à 19h19
Je te l'accorde. Mais tu pourrais faire une autre fiction ? Ou une suite, par exemple il trouve un autre campement ou je ne sais quoi!
Bon, de toute façon c'est ton choix !! ^^ Mais j'espère bien que tu écriras autre chose !! =D
Commentaire n°4 posté par Mélie le 17/11/2009 à 19h53
Il se pourrait que j'ai quelques idées qui me plaisent bien... Mais pas sur la même histoire. Tout dépend de la fin finalement :)
Réponse de Agevalram le 17/11/2009 à 20h14

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Un grand merci : MERCI, à Decristo pour son aide, et pour la peine, un petit lien en plus, c'est gratuit.

 

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