Partager l'article ! Le cuirasser Potemkine (revu): Nous avions passé le reste de la journée à déambuler chacun de notre coté, échafaudant sans réelle conc ...
Nous avions passé le reste de la journée à déambuler chacun de notre coté, échafaudant sans réelle concentration un plan pour la nuit qui s’annonçait. La lumière du jour faiblissait bien trop rapidement à mon goût, et je sentais mon angoisse grandir au fur et à mesure que l’obscurité gagnait l’extérieur. J’avais réfléchi à ce que je devais faire, mais pour moi, il s’agissait uniquement d’un travail que j’avais exécuté des dizaines de fois. La seule chose qui changeait était que cette fois, la plaque devrait logiquement s’enfoncer ostensiblement pour finalement tomber. Je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer ensuite pour moi, si j’allais pouvoir sortir rapidement du château sans me faire arrêter. Je n’avais pas de réponses pour ces questions, mais je ne m’en formalisais pas. Après tout, quoi qu’il arrive, les choses allaient changer définitivement. J’avais décidé que je laisserai William entrer dans la base un long moment avant moi, pour qu’il ait le temps de mener à bien sa mission. Je ne savais pas comment il comptait s’y prendre, il avait simplement haussé les épaules quand je lui avais posé la question.
Le jour s’achevait. Le ciel s’assombrissait de plus en plus et je voyais déjà la lune dans le ciel pourtant chargé de nuages menaçants. Je revins vers nos cabanes d’un pas lent, en me concentrant sur chacun de mes pas. Il fallait que j’arrive à dominer la peur qui me tenaillait. Je m’approchai des baraquements et pénétrai dans ma hutte. Je m’assis sur mon matelas à même le sol et fermai les yeux.
Je levai mes mains vers mon visage et entrepris de passer mes doigts sur chaque partie de ce dernier. Je sentis mon front plissé par l’inquiétude et tentai de me détendre. Je passai doucement ma main sur la cicatrice qui naissait à la base de mon front. Depuis un an, elle s’était un peu résorbée mais je pouvais encore nettement la sentir. Je massai mes tempes et fit descendre mes mains le long de ma nuque. Mes cheveux la recouvrait désormais, même s’ils restaient très courts. Je jouai avec les quelques mèches qui parvenaient jusqu’à mes épaules et rouvrit les yeux.
Je me sentais un peu mieux.
William pénétra dans mon abris et resta nonchalamment appuyé contre l’encadrement de l’entrée. Il avait un sac à dos sur les épaules et semblait être prêt à partir. Il me regarda calmement et tenta de sourire.
- Tu n’es donc jamais inquiet ? demandais-je d’un ton lugubre.
- À vrai dire, je suis mort de trouille, répondit-il en souriant à nouveau.
- Ça ne se voit pas.
- Il faut bien que l’un de nous deux ait l’air un peu confiant.
Je souris à mon tour, admettant qu’au fond de moi, son attitude me rassurait un peu, même si ce n’était qu’une façade. Je murmurai un simple bonne chance, ne sachant quoi dire d’autre. Il sourit une troisième fois, me regarda un long moment, et fit demi-tour. Je l’interpellai :
- J’ai une dernière question.
William se retourna et attendit silencieusement.
- Comment tu vas t’éclairer ? C’est la nuit, dans Revival.
Sans ouvrir la bouche, il sortit de la poche de son pantalon trois petits appareils que je ne reconnus pas. Devant mon air interrogateur, il soupira et me parla comme à une enfant de deux ans :
- Ma petite Olive, tu as devant les yeux trois dynamo. Je les ai récupérées sur des vélos que j’ai trouvés dans la ville abandonnée.
Je levai les yeux vers lui et secouai la tête. En souriant, il en prit une dans les mains et l’actionna. Le mouvement de sa main alluma l’ampoule qui était reliée à la dynamo.
- Je les ai bricolées pour les relier à l’ampoule.
- Ingénieux.
J’avais murmuré cela sans m’en rendre compte. Alors je gardai les yeux fixés sur la source lumineuse. Je n’avais jamais pensé qu’il était possible de produire une lumière si facilement et pourtant, c’était évident. William eut un petit rire moqueur devant mon air abasourdi et rangea ses trois lampes de poches.
- Quand tout ça sera fini, je t’apprendrai deux trois choses. Tu ne survivrais pas deux minutes toute seule dehors, lança-t-il en se tournant à nouveau vers l’extérieur.
Quand il fut hors de ma vue, je répliquai :
- Tenu !
La seule chose que j’entendis fut son rire, lointain. Je me relevai et sortis de ma cabane. William n’était plus là. Il était retourné dans la base, pour la dernière fois normalement. J’observai la position de la lune dans le ciel et l’imprimai dans ma mémoire, afin de savoir quand je pourrai aller à mon tour effectuer ma part du travail.
À partir de là commença mon interminable attente. J’avais effectué pour me rassurer quelques calculs, en me disant que William aurait sans doute environ mille personnes à prévenir et à évacuer. Je savais très bien que même si les habitants vivaient en famille de deux ou trois membres, il aurait fallu plus de deux jours pour aller voir tout le monde. Mais je ne voulais pas penser à ça, nous n’avions pas le choix. William savait quoi faire. Je me le répétais sans cesse, tentant de m’en persuader, en vain.
Je vérifiai des dizaines de fois que je possédai bien mon tournevis, mes dynamo (que William avait laissées devant ma cabane), et un couteau. Je n’avais pas voulu emmener ce dernier, mais William m’avait répété qu’il pourrait m’être utile. Il m’avait également expliqué qu’en cas de confrontation avec un garde, je n’aurais qu’à le planter dans sa cuisse et le tourner, pour garder la plaie ouverte. Quand j’avais protesté avec horreur, il avait martelé que ça ne serait jamais qu’une blessure, et pas la mort.
Je n’avais rien trouvé à redire, déstabilisée par cet argument.
Après un moment qui me parus une éternité, je vis enfin la lune au milieu du ciel, et compris que le moment était venu.
Je vérifiai une dernière fois que je possédai toute mes affaires, et regardai une dernière fois le monde extérieur. Je profitai de chaque sensation, chaque odeur, chaque son. Contrairement à ce que j’avais cru plus tôt dans la journée, je n’étais pas triste de quitter cet endroit. Oui, ici, tout était parfait. Tout était beau, tout avait un sens. Et je m’apprêtais à risquer ma vie pour défendre un tel endroit. Mais par-dessus tout, j’étais heureuse. Heureuse d’avoir eu le privilège de gouter à tout ça. Heureuse d’avoir pu vivre, qu’importe combien de temps, dans un endroit pareil. Je savais que j’avais eu de la chance, et je ne regrettai donc absolument pas de retourner encore à l’intérieur de Revival.
Ce fut donc avec détermination que je m’avançai vers la base. Une fois au bord, je me mis à trottiner, la main posée sur la surface métallique. L’obscurité était désormais totale, mais je ne voulais pas allumer ma dynamo maintenant. À l’extérieur, il n’y avait pas de danger, les rares animaux sauvages que j’avais pu croiser avaient plus peur de moi que l’inverse. Je courus ainsi pendant un long moment, l’esprit vide.
J’eus presque l’impression de faire un jogging.
Pourtant, et bien trop vite à mon gout, j’arrivai au tunnel d’évacuation. L’ouverture circulaire s’étalait comme une bouche grande ouverte. Je me forçai à ôter cette image de mon esprit, mais ne put m’empêcher de m’imaginer croquée par la base quand je pénétrai dans le tunnel. Je ne voyais absolument rien, comme à chaque passage dans ce conduis, mais je sentis cette fois que ma visibilité ne s’améliorerait pas au fil de ma progression. Comme je l’avais pressenti je grimpai dans le tuyau dans une obscurité totale, et je fus étonnée de ne plus sentir que du vide avec mes mains au bout d’un moment. J’étais arrivée.
Je me hissai hors du tuyau, récupérai mon sac à dos que j’avais tenu entre mes pieds pendant la montée du tunnel et observai la pièce autour de moi. Je ne voyais rien mais j’imaginai les objets à leur place habituelle. Comme pour vérifier mes intuitions, je me déplaçai doucement vers la droite, et sentis soudain une matière visqueuse envelopper ma main tendue en avant. Je sortis mes doigts du tonneau de graisse, soulagée que tout soit à sa place. Là, encore, je n’allumai pas ma lampe de poche. Je me sentais plus en sécurité dans une telle pénombre. Après tout, s’il y avait des gardes ici, ils n’avaient pas de quoi s’éclairer.
Je m’approchai de la porte de sortie et m’engouffrai dans le couloir. Le jardin de papier était dans l’obscurité lui aussi. Je ne m’attardai pas ici, et me dirigeai vers la porte à l’autre bout de l’allée. Les mains tendues devant moi, je finis par sentir la fraicheur de la poignée sous mes doigts. Tout doucement, je me faufilai derrière la porte entrouverte et me retrouvai en bas des escaliers. Je sortis l’une de mes dynamo de ma poche et éclairai faiblement les marches pour ne pas tomber. Je les gravis rapidement, avant d’arriver dans l’immense hall de contrôle du projecteur. Je n’accordai même pas un regard au levier trônant au milieu de la salle et fonçai vers les escaliers au fond de la salle.
Quand je franchis la porte, un hoquet de surprise me pris et je laissai tomber ma lampe par terre. Le spectacle qui s’étalait sous mes yeux était incroyable. Je ne pus m’empêcher de penser à William, et j’eus à cette minute précise le sentiment qu’il était complètement fou.
Pour faciliter un peu la navigation, quelques liens vers les derniers articles publiés des différents projets (accessibles via le bandeau en haut de la page)
Un grand merci : MERCI, à Decristo pour son aide, et pour la peine, un petit lien en plus, c'est gratuit.
Revival (terminée)
Premier chapître : Le réveil (revu)
Dernier chapître : One of these morning
Avant la nuit (terminée)
Premier chapître : 1
Dernier chapître : 24
Cells (en cours)
Textes libres