Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /Fév /2010 11:49

Céleste passa la nuit dans sa chambre. Elle passait son temps à s'allonger sur le lit, fouiller dans les tiroirs pour se rappeler encore un peu plus de choses, et se planter devant le miroir accroché au mur pour s'observer. Elle ne savait pas bien ce qu'elle regardait. Elle n'avait aucune allure. Depuis sa sortie de l'hôpital, elle ne s'était pas lavée et ses cheveux tombaient sur ses épaules en désordre, emmêles.

Quand le soleil se leva, elle se rendit dans la salle de bain et prit une douche. Elle lava son corps maigre avec application, et sécha ses cheveux. Une fois lavée et habillée, elle se rendit dans la cuisine, encore vide à cette heure. Elle se rendit compte qu'elle n'avait toujours pas faim, et se contenta de sortir un bol qu'elle mit dans l'évier. Elle y versa un peu d'eau. De cette manière, ses parents penseraient qu'elle avait déjeuné. C'était un mensonge, certes, mais au moins elle n'aurait pas à se justifier à chaque repas. Ses parents se seraient inquiétés s'ils avaient vu qu'elle n'avalait rien. Mieux valait les préserver.

 

Le silence était toujours complet dans la maison. Ce n'était pas étonnant. Les parents de Céleste avaient eu l'air épuisé la veille. Ils ne devraient pas se lever avant quelques heures encore. Céleste décida de sortir dehors et d'aller faire un petit tour dans le quartier. Il n'y avait rien d'autre à faire, et elle devait admettre que retrouver ses souvenirs l'aidait un peu à comprendre quelle était sa vie avant. Même si elle n'éprouvait toujours rien, ces informations lui permettaient de remettre un peu d'ordre dans sa vie. Si elle devait désormais mener une vie normale, il fallait qu'elle se souvienne de toute sa vie.

L'air était frais ce matin là. Il n'y avait personne dehors et Céleste se dit qu'elle avait bien fait de mettre cet imperméable beaucoup trop grand qu'elle avait trouvé dans la penderie. Il ne devait pas lui appartenir mais elle n'avait trouvé que ça.

Elle marcha sur le petit sentier qui menait au bord de la route et parvint rapidement au bout du chemin. Elle regarda successivement à gauche et droite, sans savoir quelle direction prendre. Au hasard, elle partit sur la gauche.

Elle marcha un long moment, passant devant toutes les maisons identiques à la sienne. Le quartier semblait tranquille, elle n'avait encore croisé personne et la plupart des rideaux étaient encore fermés.

 

Elle allait faire demi-tour quand quelqu'un attira son attention. Une vieille femme était debout, en robe de chambre, devant sa boite aux lettres, et la regardait fixement. Une de ses mains tenait une petite clé, juste devant la boite, comme si elle s'était stoppée en plein mouvement. Elle regarda Céleste avec des yeux ébahis. Céleste se rappela en la voyant qu'elle avait été souvent chez cette grand-mère passer ses après-midi étant petite. Ses parents l'amenait chez elle quand ils avaient besoin que quelqu'un la garde. C'était un peu sa nourrice. Céleste se décida donc à parler, mettant le silence de la vieille femme sur le compte de la surprise :

 

- Bonjour.

 

La femme ne répondit pas. Elle ne fit pas non plus le moindre geste. Elle resta immobile, les yeux rivés sur Céleste. Qu'y avait-il donc ? Céleste ne comprit pas ce qui se passait, elle fronça les sourcils, fouillant dans sa mémoire pour trouver une explication. Peut-être s'étaient-elles brouillées et qu'elle ne s'en souvenait pas ? Elle chercha dans sa mémoire le moindre signe pour étayer son hypothèse, mais elle ne trouva rien. D'ailleurs, la vieille dame ne semblait pas en colère. Elle était simplement réellement ébahie.

Elle finit par ressortir de sa prostration et laissa sa main retomber le long de son corps. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche, et la referma autant de fois. Elle resta encore quelques secondes à regarder Céleste puis se détourna et retourna chez elle le plus rapidement possible, sans son journal.

Tout cela n'avait pas le moindre sens. Si Céleste voulait désormais mener une vie normale, il allait falloir qu'on lui explique ce qui n'allait pas avec elle. Elle garderait pour elle ses problèmes avec les émotions et sentiments, mais elle devait demander ce qui n'allait pas chez elle, pourquoi on la regardait avec surprise à chaque fois. Après tout, même ses parents avaient eu une mine choquée en la voyant la première fois.

 

Cette fois ci, elle rentra chez elle sans prendre le temps d'observer le paysage. Le soleil était désormais bien levé, et ses parents devaient être debout. Elle rentra dans la maison et les trouva assis dans la cuisine.

 

- Ah, te voilà, on se demandait où tu étais, déclara sa mère.

- Oui, je me suis promenée, répondit Céleste en s'asseyant face à ses parents.

- Tu as déjà déjeuné ? lui demanda son père.

- Oui.

 

Céleste attendit encore quelques instants et décida de se lancer :

 

- Pourquoi tout le monde me regarde comme si j'étais un zombie ?

 

Cette simple question suffit à déclencher une série de réactions plutôt inattendues. Le père de Céleste avala son café de travers et se mit à tousser et respirer en même tandis que sa mère laissa tomber sa tartine de pain couverte de confiture par terre. Pendant un moment, le silence ne fut perturbé que par la toux persistante de son père. La mère de Céleste avait les yeux rivés sur son bol de thé, comme si quelque chose de formidable venait d'apparaitre à l'intérieur. Elle jetait parfois des coups d'œil affolés à son époux, attendant qu'il respire à nouveau correctement. Finalement, il se calma et son visage rougit se détendit.

 

- Qu'est-ce que tu racontes ? demanda sa mère, en sortant de sa contemplation.

- À chaque fois que je croise quelqu'un, on dirait qu'ils viennent de voir un fantôme.

- N...Non, tu te fais des idées.

- Arrêtes, vous même, quand vous êtes venus dans cet hôpital, vous m'avez regardée comme si je venais de ressusciter !

- Chérie, tu es restée inconsciente longtemps, il est normal qu'on ai eu cette réaction.

 

Elle mentait. Encore. Tous les deux refusaient de lui dire ce qui se passait réellement. Très bien. Elle le découvrirait seule. Après tout, si tout le monde devait avoir cette réaction en la voyant, autant qu'elle sache pourquoi. Elle regarda ses parents qui s'appliquaient à terminer leur déjeuner. Ils buvaient et mangeaient comme si ces activités nécessitaient une concentration extrême. Visiblement, la discussion était close. Elle n'avait même pas réellement commencé. Céleste se leva et retourna dans sa chambre. Elle devait savoir. Voilà à quoi elle occuperait ses vacances. Elle trouverait la vérité, c'était un devoir si elle voulait redevenir celle qu'elle était avant. Elle décida de recommencer ses investigations depuis le début.

Alors, elle se déshabilla complètement et se planta devant le miroir. Elle passa le reste de la matinée à s'examiner sous toutes les coutures, à la recherche du moindre renseignement. Elle regarda partout sur sa peau, ne laissant aucune parcelle derrière elle, hormis celle qu'elle ne pouvait pas voir, comme sa nuque et son dos. Elle se promit cependant d'observer ces zones dès qu'elle trouverait un autre miroir à utiliser avec celui-ci. Elle n'obtint aucune réponse à ses questions.

Ensuite, elle fouilla dans chaque classeur, chaque carnet, chaque album photo, s'arrêtant sur tous les documents qu'elle n'avait fait que survoler quand elle avait redécouvert sa chambre la veille. Elle observa longtemps les photos de son frère, Louis. Dans ses souvenirs, ils s'entendaient tous les deux plutôt bien, malgré quelques disputes. Mais quoi de plus normal pour des frères et sœurs ?

Si elle avait bien compris, c'était lui qui avait téléphoné chez ses parents le soir précédent. En formulant cette phrase, elle se rendit compte qu'elle n'arrivait pas à dire « chez elle ». Cette maison était aussi la sienne après tout, mais elle peinait à se l'approprier. Cet endroit était à la fois celui qui contenait le plus de souvenirs et celui qui lui était le plus étranger.

 

 

Louis, son frère, devait ne plus habiter dans cette maison, mais il savait que Céleste était revenue. Alors pourquoi n'était-il pas venu la voir ? Ils n'étaient pas en froid, il aurait du être heureux de retrouver sa petite sœur. Céleste n'éprouvait pas de sentiments mais les comprenait assez facilement, et cette réaction aurait été normale.

Alors pourquoi n'était-il pas venu ?

 

Ces réflexions eurent le mérite de lui faire comprendre que c'est à lui qu'elle parlerait. C'est lui qui répondrait à ses questions. Il devait savoir. Il avait eu l'air en colère au téléphone et Céleste était persuadée qu'elle était l'objet de la dispute qu'il avait eue avec son père. Oui, c'est lui qui allait tout lui expliquer.

Elle se promit de chercher à le voir le plus rapidement possible.

Par Agevalram - Publié dans : Avant la nuit - Communauté : ecrivains en herbe
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Pour aller plus vite

Pour faciliter un peu la navigation, quelques liens vers les derniers articles publiés des différents projets (accessibles via le bandeau en haut de la page)

Un grand merci : MERCI, à Decristo pour son aide, et pour la peine, un petit lien en plus, c'est gratuit.

 

Revival (terminée)

Premier chapître : Le réveil (revu)  

Dernier chapître : One of these morning

 

Avant la nuit (terminée)

Premier chapître : 1

Dernier chapître : 24

 

Cells (en cours)

Dale

 

Textes libres

Triangulée Bermudes  


 

Catégories

Présentation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés