Partager l'article ! 21: Les premières lueurs de l'aube s'annonçaient à l'horizon, et éclairaient la surface de l'océan. La cabane de Louis serait éclairée ...
Les premières lueurs de l'aube s'annonçaient à l'horizon, et éclairaient la surface de l'océan. La cabane de Louis serait éclairée dans une heure tout au plus. Le périple avait donc duré une bonne partie de la nuit. Céleste savait qu'elle avait perdu pied à un moment, puisque Louis avait été forcé de la bousculer pour qu'elle reprenne conscience.
La petite maisonnette semblait accueillante. Entièrement en bois, elle possédait deux fenêtres et une porte, de sorte qu'on avait l'impression qu'elle nous regardait, attendant que l'on s'approche de près pour ouvrir la bouche et nous accueillir dans son ventre chaud et lumineux. Un petit vasistas perçait en hauteur, donnant probablement sur une chambre. Louis ne s'attarda pas dehors. Pour une journée estivale, la température était étrangement basse.
Il sortit la valise de Céleste du coffre de sa voiture, et alla ouvrir sa cabane. Céleste l'y suivit lentement, prenant le temps de jauger le paysage qui l'entourait, et se demandant si elle allait devoir rester ici longtemps. Après tout, elle n'avait pas réellement de but, mais elle savait que rester cachée ne l'aiderait pas vraiment. L'intérieur de la cabane de Louis confirmait les idées que l'on se faisait en la voyant de l'extérieur. Il n'y avait que le strict nécessaire pour rester quelques jours en vacances, mais cela paraissait s'insérer parfaitement dans le cadre boisé. Un petit bureau jonché de papiers, crayons et découpage était installé devant l'une des fenêtre, tandis qu'une kitchenette improvisée (un réchaud, quelques assiettes et une bassine sans doute destinée à la vaisselle) s'étendait sous l'autre fenêtre. La pièce était décorée de posters de bateaux, et il y régnait un désordre « agréable ». Les affaires de Louis trainaient un peu partout, sans pour autant rendre l'espace invivable. Il n'y avait qu'une seule autre pièce à l'étage inférieur, que Céleste devina être la salle de bain et les toilettes.
Louis était déjà parti à l'étage, et Céleste grimpa à l'échelle pour le rejoindre. L'ouverture faisait penser à celle permettant l'accès à un grenier, mais Louis avait arrangé l'étage pour en faire sa chambre. Un matelas posé à même le sol lui servait de lit, et il avait entassé aux quatre coins de la pièce des vêtements et des livres. De là encore se dégageait une impression de douceur et de tranquillité.
Céleste comprenait pourquoi Louis venait souvent ici. Il devait s'y sentir extrêmement bien pour réfléchir et travailler. Quand elle eut fait le tour de la pièce, elle s'approcha de la petite ouverture et regarda dehors. Il n'y avait aucun arbre pour obstruer le champ de vision, et on voyait l'océan jusqu'à l'horizon. Le jour se levait encore, illuminant de plus en plus le paysage.
- Tu peux rester là et dormir sur le matelas si tu veux.
Louis la regardait calmement, visiblement satisfait d'avoir trouvé une manière d'engager la conversation. Céleste haussa les épaules :
- Je ne dors pas. Je n'y arrive pas.
Louis eut l'air abasourdit et mit quelques instants avant de parler à nouveau.
- Mais... Tout à l'heure dans la voiture. Tu... Tu dormais non ?
- Non. Ou peut-être oui. Je ne sais pas ce que je fais dans ces moments. Je ne me rappelle de rien, et ça arrive brutalement. Je suis parfaitement éveillée, et quelques secondes après, je suis totalement absente.
- Ouai... J'avoue que j'ai un peu flippé tout à l'heure. T'avais l'air... morte.
- Peut-être que ça y ressemble.
Le silence retomba dans la pièce. Louis se dandina d'un pied sur l'autre puis s'assit sur son « lit » :
- Bon, moi, je suis crevé. Alors je vais me reposer deux minutes. Tu ouvres à personne, et tu réponds pas au téléphone, ok ?
Céleste hocha la tête sans répondre. Cela tombait sous le sens. Louis s'allongea sur son matelas, et à peine une minute plus tard, sa respiration s'était apaisée. Il dormait déjà. Céleste le regarda quelques instants, étudiant ses paupières closes, cherchant quel mécanisme Louis possédait qu'elle n'avait pas. Mais il n'y avait pas de bouton sur lequel appuyer pour faire venir le sommeil. Et Céleste était désormais toute seule dans le cabanon.
Doucement, elle descendit l'escalier. Elle s'assit d'abord sur l'un des tabouret, mais se rendit vite compte que si elle restait ainsi, elle allait de nouveau sombrer. Elle refusait de se laisser encore avoir. Ses absences étaient de plus en plus longues, et son « coma » de plus en plus profond. Qu'allait-il arriver si elle ne se réveillait plus ? Cette pensée ne lui arrachait aucun frisson. Céleste n'avait pas peur, elle ne tremblait pas, ne sentait aucune angoisse tenailler son estomac. Non, à vrai dire, ça lui était égal de ne pas se réveiller la prochaine fois. Après tout, qu'est-ce qui la retenait ici ? Non, vraiment, elle s'en fichait. Mais ce qui la retenait de s'étendre par terre et de fermer les yeux était qu'elle n'avait toujours pas ses réponses. Et il était hors de question qu'elle abandonne avant de savoir enfin ce qui s'était passé ce fameux jour où elle était tombée à l'eau. Bien sûr, les réponses ne l'aideraient pas à se sentir mieux, mais si jamais, s'il existait encore la moindre parcelle d'espoir... Si jamais elle pouvait retrouver sa vie d'avant, est-ce que ça ne serait pas mieux ?
Céleste s'accrochait aux souvenirs qu'elle avait trouvé dans sa maison. Elle s'accrochait aux photographies sur lesquelles elle souriait, en laissant de côté son petit journal, qui contenait tant de pensées sombres... Peut-être qu'elle pourrait ressentir à nouveau les choses. Cela valait la peine d'essayer. Pas parce que sa vie dorénavant ne la satisfaisait pas, mais parce qu'elle voulait savoir, elle voulait comprendre ce que cela faisait de sentir la joie réchauffer le cœur et la peur glacer le sang. C'était une expérience comme une autre.
Se relevant de son petit tabouret, elle entreprit de tourner en rond dans le salon. Elle marchait sans regarder ce qui l'entourait, se concentrant sur sa marche, et effectuant des multiplications de plus en plus compliquées dans sa tête. Dix minutes plus tard, elle sentit son esprit s'embrumer. Elle se mit à courir en rond, récitant l'alphabet à haute voix, avec et sans voyelles, à l'envers et l'endroit, une lettre sur deux...
Sentant que ça n'allait pas l'aider longtemps, elle observa pendant quelques instants l'extérieur du cabanon. Quand elle fut sure que personne n'était dehors, elle sortit. La fraicheur matinale s'estompait peu à peu. Bientôt, il commencerait à faire chaud, et dans l'après-midi, la chaleur s'abattrait sur chaque grain de sable, chaque brin d'herbe. Pour le moment, la fraicheur lui fit du bien, mais elle en voulait plus, pour être bien sûre de ne pas tomber inerte dans la minute suivante. Elle se mit à courir vers la plage, après s'être débarrassée de ses chaussures. Elle courut à perdre haleine, et sentit le sable sous ses pied devenir humide. Enfin, elle s'arrêta au bord de l'eau, là où les vaguelettes effectuaient un vas-et-viens paresseux. Céleste avanca jusqu'à avoir de l'eau jusqu'aux mollets. Elle sentit l'eau encore glacée s'attaquer à ses pieds. Elle sentit le froid piquer ses orteils et remonter le long de ses jambes. Pourtant, la sensation était comme atténuée. L'eau n'était pas tout ç fait glaciale, où plutôt, Céleste ne la sentait pas vraiment. Elle ne ressentait pas vraiment le froid. La brume qui l'avait entourée ne la quittait pas, et Céleste se baissa afin de s'asseoir complètement dans l'eau.
Le froid fut comme une décharge électrique le long de son dos. De longs frissons parcourait ses bras, ses jambes, son dos. Son corps protestait encore contre les agressions extérieures, preuve qu'il n'était pas encore tout à fait mort... La brume s'en alla complètement, et Céleste resta assise dans l'eau encore un moment. Elle n'entendit pas Louis arriver, et ne se rendit compte de sa présence que lorsqu'il l'attrapa sans ménagement pas les aisselles et la sortit de l'eau.
- Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?! Tu te rends pas compte que l'eau est glaciale ?!
Les hurlements de Louis perçèrent le silence de la matinée. Entre ses bras, Céleste se sentait comme un pantin. Bizarrement, elle ne sentait plus ses membres. Louis la tourna face à lui et blémit en la voyant.
- Quoi ? Tenta d'articuler Céleste, mais elle dut se taire, car sa voix avait sonné étrangement.
Louis ne répondit pas et la souleva complètement, la prenant dans ses bras. Il courrut jusqu'à son cabanon aussi vite que Céleste avait courrut vers l'eau plus tôt. Il ouvrit la porte d'un coup d'épaule et emmena Céleste dans la seule pièce qu'elle n'avait pas encore vue.
La salle de bain était vétuste. Il y avait une cabine de douche et une cuvette de WC. Pas de lavabo, juste un miroir fendu posé sur le rebord d'un petit fenêtre.
Avant que Louis ne la dépose dans la douche, Céleste aperçut son reflet dans le miroir.
Son visage était d'une pâleur extrême, et ses lèvres étaient entièrement bleues. Sa peau semblait congelée, alors que Céleste ne sentait rien sur son visage. Elle comprit alors qu'elle avait fait une erreur. Elle avait voulu sentir le froid pour se réveiller. Et elle avait sentit en s'asseyant dans l'eau la morsure du froid. Mais pas aussi intensément qu'il aurait fallu. Ce qu'elle avait sentit avait suffit à la réveiller, mais elle était tout de même loin de la sensation qu'elle aurait réellement dû éprouver. Et si le froid glacial n'était pas arrivé jusqu'à son cerveau, et ne lui avait pas fait prendre conscience de la douleur qu'il allait lui infliger, son corps, lui, avait tout ressentit.
Louis la posa dans la douche et ouvrir le robinet d'eau chaude. Les dix minutes suivantes, il les passa à frotter le dos de Céleste, ses pieds, ses bras, son visage. Céleste se laissait faire, elle ne sentait même plus ses membres. Bientôt, elle n'eut plus froid, mais Louis ne s'arrêta pas. Il continua de la réchauffer, sans jamais regarder Céleste dans les yeux. Petit à petit, la chaleur se fit un chemin dans Céleste. Elle remonta de chaque partie de son corps pour arriver vers le cœur, et y resta. Céleste sentit alors la brume revenir et s'attaquer à tous ses sens.
Sa vision se brouilla, elle n'entendit plus que des bourdonnements, et sa respiration se ralentit. Dans un dernier sursaut, elle bredouilla :
« Arrêtes ».
Puis ce fut le noir.
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