Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 09:37

La base dans laquelle je vivais avait la taille d'une petite ville. Nous étions 5000 à y habiter, pas un de plus, jamais. Comme dans chaque bourgade, il y avait une école, un hôpital, quelques petits commerces et installations nécessaires à notre survie. Même si je n’avais pas connu le monde extérieur, je savais que nous vivions dans la réplique exacte d’une petite ville de campagne. On ne vendait pas grand chose sur Revival, mais les gens prenaient plaisir à croire qu'ils pouvaient encore prendre quelques décisions, aussi infimes soient-elles. Ainsi, on pouvait décider d'acheter ou non ces petites fleurs en papier recyclé, le dernier bulletin d'informations du centre administratif de la base, etc. Ce centre était le bâtiment, ou devrais-je dire le petit château, dans lequel vivaient les quatre héros de notre base. C'était eux qui, il y a vingt ans déjà, avait bâtit de leurs mains notre protection. Depuis ce jour, ils étaient les maîtres ici et décidaient de tout. Cette situation s’était imposée d’elle-même, sans que quelqu’un s’en formalise. Les gens ne voulaient pas être à égalité, livrés à eux-mêmes. Ils voulaient des chefs, et ces quartes hommes avaient été les candidats idéaux.

On ne les voyait jamais sortir, où même passer devant leurs fenêtres. Certains murmuraient qu'ils étaient morts, étant déjà plutôt vieux au moment du désastre terrestre. Mais quand le besoin s'en faisait ressentir, ils se manifestaient au travers de nouveaux décrets ou textes de loi. Certes, nous survivions plus que nous ne vivions, mais nous survivions bien. Et personne n'avait alors aucune raison de douter de nos chefs, puisque l'existence était presque agréable.

Le métal qui nous abritait avait été peint depuis longtemps en bleu azur, avec quelques taches blanches ressemblant à s'y méprendre à de petits nuages. On avait l’impression qu’ils existaient vraiment, si ce n’est qu’ils ne se déplaçaient pas au gré du vent. La lumière qui se diffusait dans toute la base provenait d'un immense projecteur suspendu au "plafond", alimenté en électricité par la lumière qu'il produisait. Astucieux non ?

Lorsqu'il avait été installé, les survivants avaient alimenté le projecteur en puisant dans les dernières réserves de charbon disponibles. Certains rescapés étudièrent avec acharnement toutes les possibilités pour nous empêcher de vivre dans l'obscurité. Et ils avaient fini par trouver. A l'aide d'un dispositif dont j’étais bien incapable d’expliquer le fonctionnement, la lumière diffusée par le projecteur était absorbée et transformée en énergie par les nombreux capteurs déposés au sol. Il était donc impossible que notre source s'épuise ou disparaisse. L'énorme projecteur était allumé et éteint chaque jour à la même fréquence, faisant naître jours et nuits à Revival. Enfant, j'avais eu pour ambition de devenir la "responsable de la lumière". J'étais avide d'avoir la grande responsabilité du réveil et du coucher des habitants, de savoir qu'ils comptaient sur moi pour se repérer. Cela devait être le plus exaltant des métiers à faire ici. Et puis avec les années, ce rêve s'était peu à peu estompé. Je ne voyais plus en projecteur notre soleil mais un artifice de plus. Ainsi, il faisait toujours un temps radieux dans notre base. L'illusion était parfaite. Ma mère, elle, s'obstinait d'ailleurs à commenter chaque matin la météo, vieille habitude de son ancienne vie répétait-elle. Je la soupçonnais même parfois de croire qu'elle allait voir sa peau rougir lorsqu'elle s'installait sur un banc dehors, avec de courts vêtements. A sa décharge, il est vrai qu'il était très facile de croire à ce décor factice. On ne pouvait en douter que lorsque l'on se promenait aux extrémités de la base.

Là, il suffisait de tendre la main vers les petites collines au loin pour rencontrer le mur d’acier. Dès lors, ces collines n’étaient plus éloignées mais peintes ridicule sèment petites. Je passais le plus clair de mon temps libre à répéter inlassablement cette opération, comme pour me rappeler à moi-même que tout ça n’était pas vrai. J’avais besoin de sentir ce poids sur mon estomac, cette pression, pour ne pas tomber comme les autres dans un état de passivité totale. Je devais être une des seules ici à ne pas m’habituer à ce monde, et encore plus, à ne pas vouloir m’y habituer. Mais je détestais ce mensonge auquel tant de monde s’était accoutumé. Pour moi, c’était impossible. Je sortais à peine de l’adolescence quand j’avais commencé à regarder d’un œil critique tout ce qui m’entourait. J’avais délaissé mes jeux d’enfants et comblait le vide de mes journées en me promenant aux abords de la base. Là, je regardais le « ciel », « l’horizon » et les grands cubes gris semblables à de grosses pierres que constituaient les bâtiments de la cité. Je cherchais chaque jour une nouvelle chose à découvrir, mais dans un monde clos, la nouveauté est plutôt rare.

Je m’étais plongée enfant dans tout ce que j’avais pu trouver concernant le « vrai » monde, que je n’avais pas connu. J’avais harcelé ma mère de questions, et, quand je n’en ai plus trouvé, j’ai regardé la base avec un œil beaucoup plus critique. Plus rien ne me satisfaisait. L’air n’avait aucun parfum, il ne faisait jamais chaud ou froid, et il était inutile d’envisager la moindre averse. Je savais que c’était une attitude stupide mais je n’avais pas pu m’empêcher durant un grand nombre nombre d’années de scruter le ciel factice de Revival dans l’espoir de voir les nuages grossir et s’assombrir pour couvrir tout le ciel azur. Désormais, j’avais arrêté ce petit jeu, mais j’étais de moins en moins à l’aise dans ce monde. Je me sentais prisonnière d’une coquille vide. Et le pire était qu’il n’y avait nulle par ailleurs où aller.

 

 

 

 

Par Agevalram - Publié dans : Revival - Communauté : Se sentir liVre
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Pour aller plus vite

Pour faciliter un peu la navigation, quelques liens vers les derniers articles publiés des différents projets (accessibles via le bandeau en haut de la page)

Un grand merci : MERCI, à Decristo pour son aide, et pour la peine, un petit lien en plus, c'est gratuit.

 

Revival (terminée)

Premier chapître : Le réveil (revu)  

Dernier chapître : One of these morning

 

Avant la nuit (terminée)

Premier chapître : 1

Dernier chapître : 24

 

Cells (en cours)

Dale

 

Textes libres

Triangulée Bermudes  


 

Catégories

Présentation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés