Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 12:11

- Je m’appelle William. Je suis né quatre ans avant l’installation de mes parents à Revival. Mon père était très proche des quatre héros. Il était le meilleur ami de l’un d’eux. Je ne me rappelle pas vraiment de mon enfance avant la base. J’étais trop petit, et je n’ai dans la tête que quelques sensations floues. Je suis allé à l’école et j’ai grandi dans la base comme tous les autres. J’imagine que nous nous sommes croisés plusieurs fois là-bas, enfants, même si je suis plus âgé que toi.

Quand j’ai fêté mes dix-huit ans, je vivais presque bien dans ce monde. Bien sûr je regrettais de ne pouvoir aller vers d’autres horizons. J’étais à l’âge où l’on rêve d’évasion, de voyages. Mais je me satisfaisais de la vie que j’avais. J’avais une famille, et quelques privilèges. Comme mon père était proche d’un de ceux qui avaient construit notre abris, nous avions droit à un peu plus que les autres citoyens de Revival. Mes parents ne travaillaient pas mais nous avions tout de même de l’eau, en quantité suffisante pour vivre agréablement.

C’est vers cette époque que tout a commencé à dérailler. Mon père passa de moins en moins de temps à la maison. Il s’éclipsait au petit jour et ne revenait que tard le soir. Je me rappelle des disputes qui éclataient presque quotidiennement entre mes parents. Ma mère voulait savoir où mon père passait ses journées, mais il refusait obstinément de nous le dire. Il prétendait profiter de la base avec son meilleur ami. Mais il n’avait pas l’air de quelqu’un passant ses journées à flâner : quand il rentrait la nuit, ses vêtements étaient trempés de sueur et il était exténué.

Finalement, un soir, mes parents se disputèrent plus violemment. Ma mère menaça de m’emmener vivre ailleurs s’il ne nous expliquait pas tout de suite ce qu’il trafiquait. Résigné, il commença à tout nous raconter. Il parla toute la nuit de ses longues discussions avec Méléagre, son ami, sur l’état du monde extérieur. Les pastilles filtrantes semblables à celles qui étaient mises dans les masques à gaz étaient devenues inefficaces depuis longtemps et l’air qui pénétrait dans la base n’était pas assaini. Cette stupide erreur de gestion leur avait mis la puce à l’oreille. Dès lors, ils avaient voulu voir, vérifier.

Ils avaient eu des doutes quand ils avaient constaté que l’air qui s’infiltrait parfois par le conduit d’ évacuation des cadavres était tout à fait respirable. Mon père nous parla de la lente construction d’un espèce de périscope qui leur permit de voir le monde extérieur depuis la sortie du tunnel d’évacuation… Il nous expliqua comment les trois autres héros de Revival se complaisaient dans leurs statuts de chefs et comment ils profitaient de la situation. Ils n’avaient aucun intérêt à laisser les gens retourner dehors. Ils auraient perdu tout leur pouvoir, toute leur force.

Dans la base, ils étaient adorés comme des sauveurs, presque des dieux. Ils avaient su entretenir le mystère en ne se montrant que très peu, mais suffisamment pour manifester leur présence aux moments importants. Ils avaient crée les suicides collectif, dans le seul but de maintenir la base à leur merci. Non, ils n’avaient rien à faire du monde extérieur. Ici, ils étaient des héros. Dehors, ils n’étaient plus rien.

Mon père et Méléagre continuèrent de surveiller l’évolution du monde extérieur pendant des mois. Ils n’avaient aucun outil pour savoir si l’on pouvait vraiment sortir sans rien risquer. Mais chaque jour, dans le périscope, ils voyaient les fleurs pousser, les animaux se promener, le temps poursuivre sa route comme depuis toujours. Ils se concentrèrent même sur les stades de décomposition des cadavres éjectés à l’extérieur, à la recherche du moindre signe trahissant un élément hostile et invisible qui s‘attaquerait aux chairs.

Mais au bout de quelques temps, ils comprirent que cet espace, entourant la base, était sain. Le monde avait souffert des guerres nucléaire, il s’était détruit complètement, mais certains espaces n’avaient pas été touchés. Bien sûr, on ne pouvait surement pas en dire autant du reste du monde. Certains espaces devaient être ravagés sur des milliers de kilomètres mais il existait un endroit encore habitable.

Sans nous laisser le temps de digérer cette nouvelle, mon père reprit son récit. Il nous expliqua comment avaient réagi les trois autres héros de Revival à l’annonce de cette découverte. Mal. Ils ne voulaient pas entendre parler de ça, et trouvèrent mille prétextes pour ne pas s’aventurer dehors.

Dès lors, Méléagre et mon père furent surveillés, comme si l’on craignait qu’ils ne parlent trop. Dès qu’ils réussissaient à se trouver un peu seuls, ils reprenaient leurs calculs. Mais ils furent forcés d’admettre que désormais, il ne restait plus qu’un seul test à effectuer pour vérifier leur hypothèse. Il fallait aller dehors. Ils attendirent le sacrifice volontaire suivant, et Méléagre se désigna pour s’occuper des cadavres. Lors de leur évacuation de la base, il s’introduisit dans le conduit d’éjection et se laissa glisser à l’extérieur.

Mon père avait ensuite attendu pendant plusieurs jours un quelconque signe de vie, mais rien ne se passait. Après deux semaines d’angoisse intense, il allait se rendre à l’évidence. Ils s’étaient trompés, tous les deux. Mais Méléagre revint. Il raconta alors comment pendant ces deux semaines il avait gouté aux plaisirs perdus presque vingt ans plus tôt, comment il avait décidé de creuser un tunnel souterrain pour accéder à la base sans passer par le château des trois chefs de notre base.

C’est ainsi que j’ai découvert le monde extérieur. Mon père nous y conduisit à la fin de son récit, pour prouver ses dires. Si nous avions un peu de scepticisme au début, il fut balayé quand nous nous retrouvâmes dehors. Je découvris un nouveau monde, comme tu viens de le faire. J’avais les même sentiments que toi. J’étais émerveillé et choqué.

Mais cette joie fut de courte durée. Quelques jours plus tard, des gardes vinrent chez moi pour arrêter toute ma famille. Mon père parvint à nous prévenir et ma mère et moi pûmes nous enfuir de justesse. Nous nous sommes réfugiés dans le tunnel et nous avons attendu, pendant des jours, sans manger ni boire, effrayés à l’idée d’être arrêtés. Nous pensions sans cesse à mon père, à ce qu’ils lui faisaient.

À bout de nerfs, nous nous sommes décidés à sortir pour chercher de quoi nous ravitailler. Quand nous sommes sortis de terre, il n’y avait personne dans les rues et les maisons. Nous étions complètement stupéfaits de voir la base entièrement vide. Et c’est dans la cuisine de ma maison que nous avons compris, nous étions le 15. Le 15 juin. Cela faisait déjà un an que mon père et son ami avaient découvert le monde extérieur.

Nous avons pris de quoi manger et, alors que nous retournions vers l’entrée du tunnel, nous avons aperçu au loin le convoi transportant les cadavres des suppliciés de l’année. Pris d’un affreux pressentiment, nous avons réussi à nous approcher un peu, suffisamment pour distinguer les corps, et avant qu’ils ne pénètrent dans le château des héros de Revival, nous avons vu. Ils étaient là, tous les deux, Méléagre, mon père, morts. Je sentis mes forces m’abandonner, tandis que ma mère s’était effondrée sur le sol.

Dans un ultime regain d’énergie, je nous conduisis au tunnel. Ensuite, nous sommes restés la, pendant des jours, à pleurer et hurler de douleur. Notre chagrin était aussi immense que notre colère.

Quand nous retrouvâmes nos esprits, nous commençâmes à organiser notre nouvelle vie. Désormais, on ne pouvait plus retourner chez nous. Notre père et mari était mort, visiblement sans dévoiler son secret, et il ne fallait pas qu’il meure pour rien.

Nous avons commencé à nous installer dehors, à organiser notre vie. Il y avait de quoi manger et boire à profusion. Nous capturions quelques vers luisant pour nous éclairer, avant de fabriquer des bougies avec la cire d’abeille. C’est donc la nuit que nous nous rendions dans la base.

Peu à peu, nous avons réussi à rallier plusieurs personnes à notre cause, la plupart nous ayant suivi plus par curiosité que par réelle conviction. Ils furent tous transformés dès leur premier pas dehors. Tous revivaient, comme s’ils sortaient d’une interminable hibernation.

Notre objectif était au début de prévenir la population, à l’aide de messages laissés sur les murs, le sol. Mais nous avons vite compris que chaque jour, avant le lever des citoyens, les gardes examinaient de fond en comble la base, à la recherche du moindre mot que nous laissions.

Il a alors fallu se résigner, et chercher un nouveau mode d’action. La solution nous parvins malgré nous et c’est en désespoir de cause que nous l’avons adoptée. Après tout, il n’y avait rien d’autre à faire : il fallait détruire la base, pour de bon.

Comme tu t’en doutes, ce combat est loin d’être terminé. La base est toujours la. Mes camarades ont tous été capturés et arrêtés, et certains emprisonnés pendant des mois avant d’être tués par le biais des sacrifices. Tous ont été drogués et conduits docilement sur l’estrade publique.

Ma mère est morte comme ça aussi. Je suis le dernier. La dernière personne que j’ai côtoyée était Nathanael, que je considérais comme mon petit frère. Mais je crois que tu le connais.

 

Par Agevalram - Publié dans : Revival - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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